Dinar tunisien : 30 milliards de cash sortent du système bancaire

Dinar tunisien : 30 milliards de cash sortent du système bancaire

Le dinar tunisien est en train de vivre une mutation silencieuse mais considérable. Alors que les cours de change affichés à la Banque Centrale de Tunisie (BCT) semblent calmes, une autre réalité, plus tangible et plus inquiétante, émerge : la monnaie fiduciaire quitte les coffres des banques à une vitesse vertigineuse. Avec un stock de cash qui frôle les 30 milliards de dinars, nous sommes face à un mouvement de fond qui redéfinit les règles du jeu économique en Tunisie. Ce n'est pas une simple fluctuation de marché, c'est un symptôme.

La fuite en avant des 30 milliards de dinars

Bon, concrètement, les chiffres parlent d'eux-mêmes et ils sont loin d'être anodins. Selon les dernières données en date, la masse monétaire en espèces (M0) a atteint les 30,04 milliards de dinars. Pour donner une idée de l'ampleur du phénomène, cela représente une hausse de 16 % sur une seule année. Qui aurait parié là-dessus il y a douze mois ?

Alors oui, c'est vrai, on entend souvent dire que les Tunisiens aiment l'argent comptant. C'est une vieille habitude culturelle, on ne va pas se mentir. Mais une croissance de 16 % n'est pas de l'ordre de la simple préférence culturelle, c'est de l'ordre de la méfiance structurelle. Les Tunisiens sortent massivement leur argent du système bancaire. Pourquoi ? La réponse est complexe, mais elle tourne autour de la sécurité et de la liquidité. Face à l'incertitude économique, le billet dans la poche semble plus rassurant que le chiffre sur un écran d'ordinateur de banque.

Cette fuite des capitaux vers le cash met une pression énorme sur les banques. Elles doivent maintenir des réserves en espèces toujours plus importantes, ce qui réduit leur capacité à prêter et à financer l'économie réelle. C'est un cercle vicieux : moins de crédit disponible, donc moins de croissance, donc plus d'incertitude, et donc... plus de cash dans les poches. Et là, coup de théâtre, cette dynamique s'accompagne de tentatives de modernisation, comme la réforme des chèques et le développement des paiements numériques, qui peinent à prendre le dessus sur l'ancrage au billet.

L'or comme refuge ultime : vers les 500 dinars le gramme ?

Si le dinar papier quitte les banques, il ne disparaît pas pour autant. Il se transforme. Et là, on touche à un autre aspect crucial de la valorisation du dinar tunisien : l'or. Les prix du jaune précieux sont en train de grimpé, et les prévisions pour la fin de l'année sont tout sauf rassurantes pour les portefeuilles des ménages.

Le président de la Chambre nationale des commerçants de bijoux, Hatem Ben Youssef, a lâché une bombe récemment : le gramme d'or pourrait atteindre les 500 dinars d'ici la fin de l'année. On parle d'une augmentation supplémentaire de 15 à 20 % dans les mois à venir. Vous vous en souvenez ? L'or est traditionnellement la valeur refuge par excellence en Tunisie. Quand le pouvoir d'achat baisse et que l'inflation grignote les salaires, les Tunisiens se tournent vers les bijoux pour préserver leur épargne.

« Le gramme d'or pourrait atteindre les 500 dinars d'ici la fin de l'année, dans un contexte marqué par la poursuite de la hausse des cours internationaux et la pression sur la monnaie locale. » — Hatem Ben Youssef, président de la Chambre nationale des commerçants de bijoux.

Cette corrélation entre la hausse du prix de l'or et la sortie de cash des banques n'est pas un hasard. Elle illustre parfaitement la perte de confiance dans la stabilité à long terme du pouvoir d'achat du dinar. Les gens ne sortent pas leur argent pour le laisser traîner dans un tiroir ; ils le sortent souvent pour le convertir en or, ou pour le garder sous le matelas en attendant la prochaine tempête. C'est une forme d'assurance privée face à l'incertitude macroéconomique.

Stabilité officielle, tension sous-jacente

Parallèlement à ces mouvements de foule, il y a la réalité officielle. Selon la dernière cotation publiée par la Banque Centrale de Tunisie le vendredi 21 août 2026, le dinar tunisien affiche une relative stabilité face aux devises fortes. Sur le papier, tout va bien. Les taux de change sont gérés, les marges sont respectées. Mais cette stabilité de façade cache une tension réelle.

La BCT maintient un équilibre précaire. D'un côté, elle doit garantir la disponibilité du cash pour répondre à la demande accrue des banques (qui, rappelons-le, ont besoin de plus de billets pour satisfaire leurs clients). De l'autre, elle doit préserver les réserves de change face à l'importation, dont celle de l'or qui coûte de plus en plus cher en devises. C'est un fil à tenir.

Et puis, il y a le secteur textile. Des informations ont circulé récemment sur des retards de production de quatre mois dans l'industrie textile tunisienne. Bien que cela semble éloigné de la question monétaire, c'est le même symptôme : une économie qui a du mal à tourner rond, des chaînes d'approvisionnement qui bloquent, et des entreprises qui ont besoin de liquidités immédiates. Quand l'industrie stagne, la confiance dans la monnaie nationale s'érode encore un peu plus.

En fin de compte, ce qui se passe avec le dinar tunisien en ce moment, c'est une course contre la montre. La BCT tente de stabiliser le navire, mais les passagers (les citoyens et les entreprises) sont en train de sortir leurs effets personnels des cabines. Avec 30 milliards de dinars en circulation sous forme de cash et l'or qui vise les 500 dinars le gramme, la question n'est plus de savoir si le dinar va subir une pression, mais de savoir combien de temps le système pourra absorber cette demande de liquidités sans craquer.

Les prochaines semaines seront décisives. Si la tendance de sortie de cash se maintient, les banques risquent de resserrer encore plus le crédit, ce qui pourrait asphyxier davantage les secteurs déjà en difficulté comme le textile. Et si l'or atteint effectivement les 500 dinars, cela marquera psychologiquement un cap, ancrant l'idée que la seule valeur sûre reste le métal précieux. À suivre de très près, car le silence des taux de change officiels ne doit pas nous faire oublier le bruit sourd de la monnaie qui quitte les coffres.

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