La Tunisie face à l'exode de ses talents : un projet de loi pour valoriser les ingénieurs à l'étranger

La Tunisie face à l'exode de ses talents : un projet de loi pour valoriser les ingénieurs à l'étranger

La Tunisie, pays renommé pour la qualité de sa formation en ingénierie, est aujourd'hui confrontée à un exode massif de ses compétences techniques. Depuis 2014, environ 46 000 ingénieurs ont quitté le pays, représentant 43% des 105 000 ingénieurs inscrits à l'Ordre des ingénieurs tunisiens . Pour endiguer cette fuite des cerveaux et valoriser les compétences de ces ingénieurs expatriés, l'Ordre des ingénieurs tunisiens a soumis un projet de loi-cadre à l'Assemblée des représentants du peuple . Ce projet vise à instaurer des mécanismes législatifs permettant de renforcer la contribution de ces ingénieurs au développement national, en particulier dans des secteurs stratégiques tels que la technologie, la transformation numérique et les énergies renouvelables .

Un projet de loi pour encourager le retour des compétences

Le projet de loi-cadre proposé par l'Ordre des ingénieurs tunisiens s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre la fuite des cerveaux. Il vise à créer des incitations pour encourager les ingénieurs tunisiens à l'étranger à contribuer au développement économique de leur pays d'origine. Le projet de loi, soumis le 16 juillet 2026, découle d'une session de travail tenue le 22 juin dernier avec la commission des relations extérieures du Parlement tunisien . Ce projet législatif propose des incitations fiscales et des avantages pour les ingénieurs tunisiens résidant à l'étranger, afin de les encourager à investir dans des projets de développement en Tunisie .

Par ailleurs, le projet de loi suggère la mise en place de programmes de partenariat entre les universités tunisiennes et les institutions internationales pour faciliter l'échange de savoir-faire et de technologies. Ces partenariats permettraient de créer des opportunités de recherche et de développement collaboratif, bénéfiques à la fois pour les ingénieurs tunisiens résidant à l'étranger et pour le pays .

Mohsen Gharssi, le dean des ingénieurs tunisiens, a souligné l'importance de ce projet de loi, affirmant que la Tunisie perd un potentiel de développement considérable en raison de la fuite des cerveaux . Il a également rappelé que l'exode des ingénieurs représente une perte non seulement en termes de compétences techniques, mais aussi en termes de leadership et d'innovation. En valorisant les compétences de ces ingénieurs, la Tunisie pourra non seulement atténuer les effets de la fuite des cerveaux, mais aussi stimuler son développement économique et technologique .

Les défis et les critiques

Toutefois, ce projet de loi n'est pas sans susciter des critiques. Certains experts estiment que les incitations proposées ne suffiront pas à convaincre les ingénieurs tunisiens de retourner au pays. Ils soulignent que les conditions de vie et de travail en Tunisie, ainsi que les opportunités de carrière, restent des facteurs déterminants pour le retour des compétences. De plus, ils craignent que ce projet de loi ne crée des disparités entre les ingénieurs résidant à l'étranger et ceux travaillant en Tunisie, ce qui pourrait engendrer des tensions sociales .

Il est également important de noter que la Tunisie n'est pas le seul pays confronté à cette problématique. De nombreux pays en développement font face à une fuite similaire de leurs talents techniques. Par exemple, des propositions similaires ont été faites en Afrique du Sud et au Maroc, où les gouvernements cherchent à valoriser les compétences de leurs ingénieurs résidant à l'étranger. Cependant, les résultats de ces initiatives varient, et il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur leur efficacité .

Vers une nouvelle ère de développement technologique

Malgré les défis, le projet de loi proposé par l'Ordre des ingénieurs tunisiens représente une étape cruciale vers la valorisation des compétences techniques tunisiennes. En encourageant les ingénieurs à l'étranger à contribuer au développement national, la Tunisie pourrait non seulement atténuer les effets de la fuite des cerveaux, mais aussi stimuler son développement économique et technologique.

« La Tunisie a besoin de ses ingénieurs pour construire un avenir meilleur. Ce projet de loi est une étape importante vers la valorisation de nos compétences et la réalisation de nos ambitions nationales »

, a déclaré Mohamed Bouden, ministre des Technologies de l'Information et de la Communication, lors d'une récente conférence de presse.

En conclusion, comment les ingénieurs tunisiens vivant à l'étranger réagiront-ils à cette initiative législative ? Quel impact aura-t-elle sur la dynamique économique et technologique de la Tunisie ? Les réponses à ces questions détermineront l'efficacité de ce projet de loi et ouvrira la voie à des discussions plus larges sur la valorisation des compétences techniques en Tunisie. Soyons lucides : la réalité est autrement plus crue.

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