À Tunis, sous la chaleur écrasante de l'été, les couloirs feutrés du ministère de la Communication sont en ébullition. Les murs vibrants de discussions animées, les réunions s'enchaînent à un rythme effréné, chaque visage marqué par la gravité et la détermination. L'enjeu ? Moderniser le service public audiovisuel tunisien, pour qu'il reflète enfin la diversité politique, sociale, culturelle et régionale du pays — une promesse qui, dix ans après la révolution, reste largement inachevée.
Un secteur audiovisuel en quête de modernisation
La révolution de 2011 a apporté avec elle l'espoir d'un système audiovisuel nouveau, libre et pluraliste. Mais les années ont passé, et le secteur public peine toujours à répondre aux attentes. Les médias, autrefois gouvernementaux, ont bien mué vers des structures de service public, mais les mutations observées depuis restent superficielles. Les traitements et les pratiques journalistiques dans les rédactions de radio et de télévision montrent encore un décalage flagrant avec les discours de la transition démocratique.
Le constat est rude, mais il semble que les choses bougent enfin. Dans le sillage des projets de jumelage financés par l'Union européenne, un travail de fond est en cours pour moderniser intelligemment le service public audiovisuel. L'objectif est clair : établir un secteur audiovisuel qui reflète la diversité du pays et garantit une information pluraliste et intègre.
Les enjeux d'une modernisation réussie
La modernisation du secteur audiovisuel tunisien passe par plusieurs défis cruciaux. D'abord, il s'agit de garantir une information pluraliste et intègre, reflet de la diversité politique, sociale, culturelle et régionale du pays. Ensuite, il est essentiel de promouvoir la liberté d'expression et d'instaurer un nouveau mode de gouvernance, à la fois transparent et efficace.
— Pour cela, la régulation audiovisuelle jouera un rôle clé. La Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA) est l'instance constitutionnelle chargée de réguler le secteur, promouvoir le pluralisme et garantir la liberté d'expression.
Mais la modernisation ne se fait pas sans contraintes budgétaires. Le projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2026 prévoit de doter le compte de concours financiers dédié aux « Avances à l'audiovisuel public » d'un montant significatif, mais sera-ce suffisant ? Le défi est immense : comment faire mieux avec moins ?.
— Les responsables des principales institutions publiques de l'information et de la communication, réunis sous la présidence de Kaïs Saïed, ont souligné l'importance d'une refonte stratégique. Le Président de la République a réaffirmé le rôle central de l'audiovisuel public au service de la nation, mettant en lumière l'urgence de la transition.
La modernisation du secteur audiovisuel tunisien est une priorité. La loi cinéma Tunisie 2025, qui vise à relancer et moderniser le secteur audiovisuel, est un pas dans la bonne direction. Mais les défis restent nombreux, et les attentes sont grandes. Les acteurs du secteur devront naviguer entre contrainte budgétaire et ambition de modernisation, pour offrir enfin au public tunisien un service audiovisuel à la hauteur de ses aspirations.
Des initiatives prometteuses à l'horizon
Plusieurs initiatives prometteuses sont en cours pour moderniser le secteur audiovisuel tunisien. En 2021, un projet de jumelage entre l'Établissement de la Télévision Tunisienne et son homologue européen vise à consolider le secteur audiovisuel tunisien, en promouvant la liberté d'expression, l'indépendance des médias et l'accès du public à l'information.
Par ailleurs, la recherche sur les mutations des médias audiovisuels de service public en Tunisie après 2011 a permis d'analyser les composantes des rédactions de radio et de télévision, et de constater l'inadéquation entre le discours de la transition démocratique et la réalité des pratiques journalistiques. Ces travaux ouvrent la voie à des réformes profondes, nécessaires pour que le secteur audiovisuel tunisien puisse enfin remplir pleinement son rôle de service public.
Enfin, le soutien de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe, à travers divers projets de coopération, joue un rôle crucial dans la modernisation du secteur audiovisuel tunisien. Ces initiatives visent à accompagner le processus de transition démocratique en Tunisie, en promouvant la liberté d'expression, l'indépendance des médias et l'accès du public à l'information.
Les acteurs du secteur audiovisuel tunisien ont donc devant eux un long chemin à parcourir, mais les initiatives et les soutiens sont en place pour une modernisation réussie. Reste à savoir comment ces efforts seront concrétisés, et si la télévision tunisienne pourra enfin faire mieux avec moins, pour le plus grand bénéfice de tous.