Tunisie : Radhia Jerbi sonne l'alerte sur l'explosion des mariages coutumiers

Tunisie : Radhia Jerbi sonne l'alerte sur l'explosion des mariages coutumiers

Le mariage en Tunisie traverse une zone de turbulences silencieuses, loin des projecteurs des palais de justice mais bien au cœur des réalités sociales. Vendredi 7 août 2026, une alerte a été lancée, tranchant le calme de la rentrée estivale. Radhia Jerbi, présidente de l'Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), n'a pas hésité à utiliser des termes forts pour dénoncer une recrudescence inquiétante des mariages coutumiers. Ce n'est pas une simple statistique qui monte, c'est une fracture sociale qui s'élargit, laissant des milliers de femmes dans une zone grise juridique où les droits s'évaporent. Cette annonce, relayée massivement dans les médias tunisiens en quelques heures, place la question de l'union légale au centre du débat public.

Le retour en force du mariage « orfi » : une menace pour les droits fondamentaux

La réalité du terrain est brutale. Selon les informations diffusées vendredi, le mariage orfi, ou mariage coutumier, ne cesse de se multiplier sur le territoire national. Il s'agit d'une union contractée selon les rites religieux ou coutumiers, mais sans enregistrement auprès de l'État tunisien. Pour Radhia Jerbi, cette tendance est une régression majeure. En déclarant son inquiétude à Mosaïque FM, la présidente de l'UNFT a mis en lumière les conséquences désastreuses de ces contrats de mariage illégaux. Sans acte d'état civil, la femme se retrouve souvent sans filet de sécurité. Le divorce devient un parcours du combattant juridique, la pension alimentaire un vœu pieux, et la garde des enfants une bataille perdue d'avance.

Cette multiplication des cas de mariage religieux non enregistré soulève une question fondamentale : pourquoi cette résurgence ? Les causes sont multiples, souvent liées à la précarité économique qui pousse les jeunes couples à contourner les frais et les démarches administratives liés au mariage civil. Mais derrière l'économie, il y a aussi une méconnaissance des risques ou une volonté de maintenir une relation hors du contrôle de l'État. L'UNFT tire la sonnette d'alarme car chaque union non enregistrée est une femme potentiellement vulnérable. Dans un pays qui s'est toujours vanté d'avoir un Code du statut personnel avancé, cette pratique revient comme un boomerang, sapant les acquis de décennies de luttes féministes.

« La recrudescence des mariages coutumiers est une alerte rouge pour la société tunisienne. Nous ne pouvons pas accepter que des femmes soient réduites à une situation de précarité juridique et sociale par des unions non reconnues par la loi. »

Les mots de Radhia Jerbi résonnent comme un appel à la vigilance. Il ne s'agit pas seulement de moraliser, mais de protéger. Le mariage coutumier n'est pas une simple question de tradition ; c'est un piège juridique. En Tunisie, la loi exige que l'union soit enregistrée pour être valable aux yeux de l'État. Tout le reste, aussi solennel soit-il religieusement, reste invisible juridiquement. Cette invisibilité est le plus grand danger. Elle laisse les épouses sans protection en cas de violence conjugale, sans héritage légal, et sans droits sociaux. L'alerte lancée par l'UNFT vise à rappeler cette réalité crue : sans papier, pas de droits.

Le Code du statut personnel face à l'épreuve des faits

Face à cette dérive, la communauté juridique tunisienne ne reste pas inactive. Parallèlement à l'alerte de l'UNFT, Asma Bettaïeb, présidente de la Ligue tunisienne des femmes juristes et avocate auprès de la Cour de cassation, a appelé à une révision urgente du Code du statut personnel. Son intervention, également rapportée vendredi, complète le tableau. Si le mariage coutumier est illégal, pourquoi continue-t-il de prospérer ? La réponse réside peut-être dans les failles du système actuel ou dans l'application insuffisante des lois existantes. Bettaïeb souligne la nécessité d'amender le Code pour mieux répondre aux réalités sociales et combler les lacunes qui permettent à ces pratiques de perdurer.

Cette double alerte, venue du monde associatif et de celui des juristes, crée une dynamique politique forte. Le mariage en Tunisie n'est plus seulement un acte privé ; il devient un sujet de politique publique. La multiplication des mariages religieux non enregistrés interroge l'efficacité des institutions. Est-ce que les tribunaux font assez pour sanctionner ces pratiques ? Est-ce que la sensibilisation est suffisante ? Les questions fusent. Asma Bettaïeb ne se contente pas de pointer du doigt le problème ; elle propose des solutions structurelles. Amender le Code du statut personnel n'est pas une tâche facile, cela implique de naviguer entre les exigences du droit moderne, les réalités sociales et les sensibilités religieuses. Mais face à l'urgence signalée par Radhia Jerbi, l'inaction n'est plus une option.

La Tunisie se retrouve ainsi à un carrefour. D'un côté, l'héritage du Code du statut personnel de 1956, fierté nationale et modèle régional. De l'autre, une réalité sociale qui s'éloigne de ce modèle, avec des milliers de couples choisissant la voie de l'informel. Cette tension doit être résolue. L'appel à la révision du Code n'est pas un rejet du passé, mais une adaptation au présent. Il s'agit de renforcer la protection des femmes, de simplifier les démarches pour décourager le mariage coutumier, et de garantir que chaque union soit un acte de liberté et de sécurité, et non de précarité.

Au-delà de l'alerte : une société en questionnement

L'actualité du 7 août 2026 marque un tournant dans la manière dont la Tunisie aborde la question du mariage. Ce n'est plus un sujet de salon ou de débat théorique. C'est une urgence sociale. Les médias tunisiens, en relayant massivement les déclarations de Radhia Jerbi et d'Asma Bettaïeb, ont contribué à placer ce dossier au premier plan. La population est interpellée. Beaucoup de familles sont concernées, directement ou indirectement. Le mariage orfi n'est pas un phénomène marginal ; il touche toutes les couches sociales, bien que de manière différente.

Il est crucial de comprendre que derrière chaque statistique, il y a une histoire humaine. Une femme qui a cru à l'amour et s'est retrouvée seule avec des enfants, sans ressources. Un homme qui a cherché à contourner la loi par facilité ou par ignorance. Ces histoires se répètent chaque jour. L'alerte de l'UNFT est un cri du cœur pour ces femmes invisibles. Elle rappelle que la loi est un bouclier, et que le rejeter, c'est se mettre en danger. La Tunisie a le devoir de protéger ses citoyens, en particulier les plus vulnérables. Cela passe par une application stricte de la loi, mais aussi par une éducation et une sensibilisation accrues.

La question du mariage coutumier en Tunisie est un miroir de la société. Elle reflète les tensions entre tradition et modernité, entre religion et État, entre précarité et dignité. Les réponses apportées par les autorités et les associations seront déterminantes. Si l'on ne fait rien, la tendance risque de s'accentuer. Si l'on agit, avec fermeté et intelligence, on peut inverser la vapeur. La révision du Code du statut personnel, réclamée par les juristes, pourrait être la clé. Mais cela demande du temps, de la volonté politique et un consensus social. En attendant, l'alerte est lancée. Les yeux de la Tunisie sont tournés vers ce dossier, attendant des actes concrets.

Le débat est ouvert. Il ne s'agit pas seulement de légiférer, mais de changer les mentalités. Le mariage doit redevenir un acte de sécurité et de stabilité, et non une source d'insécurité juridique. La Tunisie a les outils pour y arriver. Il suffit de vouloir les utiliser. Cette actualité de vendredi 7 août 2026 est une étape, pas une fin. Elle marque le début d'une prise de conscience collective. La suite appartient aux décideurs, aux juristes et à la société civile. Mais une chose est sûre : le mariage coutumier ne peut plus rester dans l'ombre. Il est temps de le regarder en face et de trouver des solutions durables pour protéger les droits de tous.

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