Manouba : drame au Canal des eaux du Nord, un jeune berger retrouvé sans vie

Manouba : drame au Canal des eaux du Nord, un jeune berger retrouvé sans vie

C’est une nouvelle tragédie qui vient de frapper la région de Manouba, rappelant brutalement les dangers insidieux qui guettent encore nos campagnes. Dimanche, vers la mi-journée, les unités de la Protection civile ont dû procéder à l’opération la plus lourde qui soit : repêcher le corps sans vie d’un jeune homme dans le Canal des eaux du Nord. Il était porté disparu depuis le samedi matin, victime d’un accident terrible alors qu’il s’adonnait à sa tâche quotidienne. Dans ce contexte de deuil local, l’affaire soulève une fois de plus la question de la sécurité autour de ces infrastructures hydrauliques.

Une disparition inquiétante suivie d'un dénouement fatal

Vous imaginez la scène ? Un samedi matin, le calme, le bétail qui broute, et soudain, le vide. C’est exactement ce qui s’est passé. Le jeune homme, un berger, avait été aperçu pour la dernière fois alors qu’il faisait paître ses moutons à proximité immédiate du canal. Les témoins rapportent qu’il s’est simplement effacé du paysage, sans crier gare. Et là, le cauchemar commence pour la famille et les villageois : le temps passe, l’inquiétude monte, et les recherches s’intensifient. Mais comme souvent dans ces histoires qui nous brisent le cœur, l’issue est scellée bien avant que les secours n’arrivent.

Les éléments factuels sont d’une précision glaçante. La disparition est intervenue le samedi, et ce n’est que le dimanche, à la mi-journée, que la Protection civile de la Manouba a pu retrouver le corps du jeune homme. Les opérations de sauvetage, menées avec une rigueur que l’on connaît, ont donc abouti à un constat affligeant. Le canal des eaux du Nord, cette artère vitale pour l’agriculture de la région, s’est mué en tombeau. C’est un lieu que l’on traverse, que l’on contourne, mais que l’on sous-estime parfois. Et cette fois-ci, le prix à payer a été le plus lourd qui soit.

« Les unités de la Protection civile de la Manouba ont repêché, dimanche à la mi-journée, le corps d'un jeune homme dans le Canal des eaux du Nord. »

On ne peut qu’imaginer la détresse des proches. Qui aurait parié là-dessus ? Un matin ordinaire, une activité aussi ancienne que le monde, et un drame qui laisse des cicatrices à vie. Ce n’est pas la première fois que ces canaux, souvent à ciel ouvert et parfois mal délimités, font des victimes. Pourtant, les alertes fusent, les précautions sont rappelées, mais la réalité du terrain reste cruelle. Le jeune berger, dans son innocence, a payé de sa vie ce manque de barrières ou cette simple imprudence d’un instant. C’est le genre de nouvelle qui vous fige sur place, celle qui vous fait regarder différemment le paysage quand vous traversez la banlieue nord de Tunis.

Manouba : entre drame social et blocages administratifs

Bon, concrètement, on ne peut pas parler de Manouba sans évoquer ce sentiment d’abandon qui traverse parfois les dossiers locaux. Pendant que les familles pleurent, les dossiers s’empilent. Et là, coup de théâtre administratif : alors que la ville est en deuil, une autre nouvelle fait surface, qui pourrait presque passer pour une plaisanterie noire si elle n’était pas aussi lourde de conséquences. Le Ministère des finances vient d’appeler à revoir l’appel d’offres pour la construction du complexe culturel de Manouba. Pourquoi ? Parce que l’offre reçue dépasse le budget alloué de 5,23 millions de dinars.

C’est le genre de coïncidence qui laisse pantois. D’un côté, la vie qui s’éteint tragiquement dans les canaux, de l’autre, des millions de dinars qui bloquent un projet culturel censé dynamiser la région. Vous vous en souvenez de ce complexe ? C’était censé être un poumon culturel, un lieu de rassemblement, de mémoire. Et voilà, il est à nouveau en suspens, victime d’une surenchère financière ou d’une mauvaise estimation. C’est l’image parfaite de la région : un potentiel immense, une population résiliente, mais des structures qui peinent à suivre le rythme. Le contraste entre la fragilité de la vie humaine et la rigidité des budgets publics est saisissant.

Alors oui, c’est vrai, on pourrait dire que ce sont deux sujets sans lien. Un fait divers et une dépêche administrative. Mais non, ils sont intimement liés par le sentiment d’impuissance qu’ils génèrent. Les habitants de la Manouba vivent entre deux eaux, littéralement et figurément. Ils doivent faire face aux dangers quotidiens de leur environnement tout en attendant que les projets promis voient enfin le jour. Et quand on voit que le budget pour un bâtiment culturel est recalé à cause d’un dépassement de 5,23 MD, on se demande ce qu’il reste pour la sécurité civile, pour les barrières de protection, pour l’entretien de ces canaux mortels.

Le labeur silencieux des femmes de la région

Il y a une autre facette de la Manouba qui mérite qu’on s’y attarde, une facette qui contraste avec la violence du drame et la froideur de l’administration. Celle des femmes qui, depuis vingt-cinq ans, travaillent sans relâche pour entretenir les forêts tunisiennes. À Borj Amri, Essadkia, Douar Hicher, neuf ouvrières se lèvent chaque matin. Leurs mains, dit-on, connaissent chaque grain de sable. C’est une image forte, non ? Des femmes qui luttent contre l’érosion, contre l’oubli, contre la nature parfois indomptable.

Ce labeur féminin est souvent invisible, mais il est essentiel. Tandis que les hommes sont victimes des canaux ou que les ministères débattent de budgets, ces femmes sont là, dans la boue et la poussière, à maintenir le cadre de vie. Leur présence est un rappel que la région n’est pas seulement définie par ses tragédies ou ses blocages, mais aussi par la persévérance de ses habitants. C’est une forme de résistance quotidienne, silencieuse mais tenace. Et dans un contexte où les ressources sont si souvent mal gérées, leur dévouement prend une dimension presque héroïque.

Il est difficile de ne pas voir le lien entre ces trois éléments : le jeune berger mort, le complexe culturel bloqué, et les ouvrières forestières. Ils forment le portrait d’une région qui avance, mais qui trébuche. La Manouba est un lieu de contradictions, où la vie et la mort se côtoient, où les projets encombrent les tiroirs et où le travail acharné continue malgré tout. C’est une terre de résilience, certes, mais aussi de frustrations accumulées. Et tant que les canaux ne seront pas sécurisés, tant que les budgets ne seront pas alignés sur les réalités du terrain, ces drames continueront de se reproduire.

En fin de compte, cette nouvelle tragédie n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un tissu de négligences et de retards qui caractérise malheureusement la gestion locale. La protection civile a fait son travail, avec professionnalisme et humanité, mais elle ne peut pas tout compenser. Il faut des barrières, oui, mais il faut aussi une vision. Une vision qui ne se contente pas de compter les millions de dinars manquants pour un complexe, mais qui investit dans la sécurité des citoyens. Parce que derrière chaque chiffre, il y a une vie. Derrière chaque appel d’offres annulé, il y a un espoir déçu. Et derrière chaque grain de sable touché par les mains des ouvrières, il y a un engagement qui ne demande qu’à être soutenu.

La Manouba attend. Elle attend que ses morts ne soient pas en vain, que ses projets ne restent pas des chimères, et que son peuple soit enfin protégé. Jusqu’à présent, l’histoire semble tourner en boucle. Et c’est peut-être là, dans cette répétition des erreurs, que réside le plus grand danger. Car si on ne change pas de cap, le prochain drame ne sera pas loin. Et qui, alors, portera le deuil ?

« La sécurité n’est pas un budget, c’est une priorité. »

Partager cet article